Accueillir la victoire

L'Evangile du 1er Dimanche du Carême, année B, (Marc 1, 12-15).


En ce temps-là, Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »


Comme d’habitude Marc est très concis dans la description des évènements, mais en quelques mots il permet de saisir le mystère de l’œuvre de Jésus alors que celui-ci vient d’apparaitre sur la scène de l’évangile. Ses premiers pas sont marqués par le désert, le combat, et la proclamation.


Ce passage suit immédiatement celui du baptême de Jésus, et ainsi tout son ministère est inscrit entre ces deux baptêmes : celui dans les eaux du Jourdain et celui de la mort sur la croix. Ce n’est qu’après la résurrection que les disciples auront à renoncer définitivement au rêve d’un messie venant dans la gloire, et à accepter que le chemin tracé par Jésus sera aussi le leur (« Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois ou être baptisés du baptême dont moi je suis baptisé ? », Mc 10, 38). Sortant des eaux du Jourdain la voie céleste reconnait en Jésus le « Fils bien-aimé », et l’Esprit descend sur lui. Mais il n’y a pas de temps pour savourer cette consolation venue du ciel, « aussitôt » l’Esprit le pousse au désert au combat contre Satan. Si dans le Jourdain Jésus accomplit la justice, au désert sa justice est éprouvée. « Poussé » c’est-à-dire « expulsé », « jeté dehors », comme le premier couple humain hors du jardin (Gn 3, 23), comme le peuple de Dieu hors de l’Egypte (Ex 12, 33). C’est un nouveau début, le chemin à suivre pour vivre. « Quarante jours » c’est long, mais c’est le temps biblique nécessaire pour une transformation (Noé, Exode). Marc souligne la grande solitude de Jésus durant cette épreuve (par les mots « il vivait parmi les bêtes sauvages »), et la dureté du combat (il est assisté par les anges). Une fois sorti de cet affrontement, et dans la suite de l’évangile, le désert deviendra pour Jésus un lieu de refuge (1, 35 ; 1, 45 ; 6,31.32), alors qu’il va pénétrer dans le désert de l’âme humaine où sa proclamation va se confronter à l’incompréhension, même de la part de ses plus proches.


Au désert Jésus vit un face à face avec Satan. Celui-ci est l’accusateur à la cour céleste (Jb 1, 6), l’adversaire de Dieu qui s’oppose à l’établissement de son Règne, il représente ce qui est hostile à l’humain, il est dresseur d’embûches. Contrairement à Mt et Lc, Marc ne précise pas le contenu des épreuves, mais la brièveté même de sa description évoque le réalisme de cet affrontement. Dans la suite de l’évangile on voit que Jésus est « éprouvé » encore trois fois : demande d’un signe venant du ciel (8, 11), question du rapport entre l’homme et la femme, la répudiation (10, 2), question de l’argent, l’impôt à César (12, 15). A chaque fois Jésus reviendra à la question de fond et rappellera la juste place de l’homme par rapport à Dieu. Dans ces controverses le mot Satan sera, chez Marc, collé à Jésus lui-même par ses adversaires (3, 23.26), et Satan restera la figure de celui qui « enlève la Parole semée » dans le cœur des disciples (4, 15). A l’issue du combat au désert Marc juge inutile de préciser qui est vainqueur, puisque c’est une évidence manifestée par les multiples expulsions des esprits impurs par Jésus sur son chemin de la proclamation de la Bonne Nouvelle.


Jésus parcourt les routes de la Galilée où il commence l’annonce de la Bonne Nouvelle, euangelion. Dans l’antiquité ce mot désigne d’abord l’annonce d’une victoire impériale. Après une grande bataille gagnée par l’empereur ou ses généraux, des messagers (angeloi) étaient envoyés vers différentes villes et régions pour annoncer la bonne nouvelle de la victoire. Jésus annonce la victoire d’un tout autre ordre et le nouveau Règne qui est arrivé. « Les temps sont accomplis », le temps d’attente est fini. C’est le kairos, le moment favorable pour agir, pour accueillir la Parole, et pour prendre une décision. Mais pour le faire, pour accueillir la foi et entrer dans le Royaume, il faut passer par la conversion, métanoia. Changez votre regard, votre manière de voir et de penser, quittez vos peurs et accueillez la victoire qui vous est donnée en Jésus-Christ ! Car le Royaume de Dieu c’est au final Jésus lui-même, la présence de Dieu parmi les hommes. Mais attention, « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. » (13, 33) - bien qu’il soit là, le Royaume peut passer inaperçu si notre regard n’est pas constamment ajusté à Celui qui est, qui était, et qui vient.

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