Au service des étudiants

Fathia El Hammouchi est assistante sociale de la Haute École Léonard de Vinci sur le site universitaire de Woluwe‐Saint‐Lambert. Elle a contribué à la mise sur pied d’une épicerie solidaire pour les étudiants.



BN : Bonjour Fathia. Tu es belge, née en Belgique, mais tes origines sont autres.


Fathia : Mes grands-parents sont venus du Maroc en Belgique il y a plus de 60 ans. Ma maman est arrivée ici à l’âge de 2 ans, mon papa est arrivé à l’âge de 10 ans.


BN : Dans la famille vous parlez arabe ?


F : Non, nous ne parlons pas arabe mais la langue de mon village : le tamazight, une langue berbère. Quand je dis ‘nous’, ce sont mes grands-parents, surtout. Mes grands-parents pensaient ne pas rester en Belgique et retourner au Maroc, mais la situation là-bas ne s’est pas améliorée. Ils sont finalement restés ici.


BN : Tu as grandi en Belgique, tu as étudié, tu t’es mariée avec un Marocain, et vous avez deux enfants. Vous arrive-t-il de parler votre langue ?


F : Très peu. Avec mes parents, je parlais français. Mon mari aussi. Donc en famille on parle le plus souvent en français. Je ne parle le tamazight qu’avec mes beaux-parents et mes grands-parents.


BN : Tu travailles aujourd’hui à la Haute Ecole Léonard de Vinci sur le site Alma à Woluwe-Saint-Lambert. Tu y es assistante sociale, n’est-ce pas ?


F : Oui. L’essentiel de mon travail se passe avec les étudiants. Je les rencontre, ils viennent m’entretenir de leur situation et dans la mesure du possible, je cherche à répondre à leurs besoins.


BN : Dans le cadre de cette aide, tu organises chaque mardi après-midi une épicerie solidaire.


F : En effet. Il s’agit d’une collaboration. Au départ, l’initiative vient d’une rencontre avec deux étudiants afin de trouver une solution à la problématique alimentaire. Nous percevions, mes collègues et moi, que certains étudiants n’avaient rien mangé depuis quelques jours. On a voulu mettre sur pied quelque chose qui ne soit pas trop étiqueté social, de manière à faire venir le plus d’étudiants possible qui sont dans le besoin. Pendant un an, on a affiné le projet et défini l’infrastructure nécessaire pour commencer : un lieu, des frigos et des armoires, le logo et surtout les denrées alimentaires. Le P. Philippe B. a proposé aux étudiants d’utiliser la crypte de l’église proche du site universitaire, avec le double avantage que ce lieu n’était pas lié à une école, et qu’il est séparé, tout en étant très proche, du site universitaire comme tel. Le fait que ce soit une église est une bonne chose, parce que l’Église s’est toujours préoccupée des gens dans le besoin. Nous avons eu recours aussi à l’ASEB (Association pour la solidarité étudiante en Belgique) et nous avons obtenu de cette association qu’elle nous livre la plupart des denrées alimentaires à distribuer. Nous recevons aussi des dons de particuliers qui nous permettent de compléter le panier alimentaire. Nous accueillons ainsi 120 à 135 étudiants chaque mardi après-midi. L’épicerie se veut ouverte à tous les étudiants du site Alma fréquentant un établissement d’enseignement supérieur.


BN : Parvenez-vous à rejoindre ainsi tous les étudiants en difficulté ? Et le panier qu’ils reçoivent suffit-il pour la semaine ?


F. : Nous ne touchons qu’une partie seulement des étudiants en difficulté financière. Certains ne peuvent pas venir, parce que l’horaire ne convient pas, par exemple. Le colis qui est proposé va permettre à l’étudiant de se nourrir environ 3 ou 4 jours, cela dépend de ses habitudes alimentaires. Donc ça reste insuffisant, nous essayons aussi de les envoyer vers d’autres services sociaux du site qui pourraient leur apporter une aide supplémentaire.

Un autre aspect important de cette épicerie solidaire, c’est qu’elle permet de nouer des contacts. Durant le confinement dû au Covid, c’était le seul endroit qui donnait à certains étudiants l’occasion de quitter leur chambre et de parler à quelqu’un. Des relations se nouent entre les étudiants, entre les étudiants et les personnes bénévoles qui servent, et entre les bénévoles eux-mêmes. Et ces rencontres sont multiculturelles. Les bénévoles sont de divers horizons : étudiants, fidèles de l’église, personnes intéressées par la démarche, etc.


BN : Fathia, tu es d’origine marocaine, de confession musulmane ? Tu pratiques ta religion ?


F : Je suis musulmane. Pour la pratique rituelle, je ne peux pas l’exercer sur mon lieu de travail. C’est une fois rentrée chez moi, que je peux me « rattraper », car nous avons 5 temps de prière par jour. Je fais des invocations le matin et le soir. Cela me permet de faire le bilan de ma journée et de me détendre. Mais ce qui est le plus important pour moi, c’est un travail sur soi-même au niveau du comportement : respect, tolérance, ouverture, honnêteté, etc. sont des valeurs que nous devons porter à l’exemple du Prophète. Tous les prophètes nous ont laissé un héritage, ils nous ont éclairés sur la manière de se comporter vis-à-vis des autres et vis-à-vis de Dieu.


BN : Quelle relation entretiens-tu avec les étudiants musulmans qui sont nombreux sur le site ?


F : Premièrement, je ne fais pas de distinction entre un musulman ou un non-musulman. J’essaie d’être toujours juste et mon travail est un travail d’équipe. Il arrive qu’un étudiant se confie sur ses difficultés, et je suis alors parfois amenée à lui conseiller d’aller chercher un soutien auprès de personnes ressources, un psychologue ou un membre de sa famille par exemple ou auprès de sa communauté religieuse, si je sais que l’étudiant a une vie de foi.

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