Bartimée, le fils de Timée, l’aveugle de Jéricho

Evangile du 29e dimanche ordinaire B (Mc 10, 46b-52).



Est-il possible de se reconnaître dans cet homme Bartimée, dont l’Evangile a retenu le nom?


Cette figure attachante de Bartimée, l’Evangile la présente en opposition à d’autres figures. La première est celle de l’homme riche qui se présente à Jésus, en soignant les formes : prosternement, “ Bon maître ”. Cet homme s’inquiète de son avenir : “ Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ” (Mc 10,17) En même temps il se questionne sur les moyens qui sont à sa portée pour s’assurer son propre salut : “ Que dois-je faire ? ” Lorsque Jésus lui montre une autre direction à laquelle il ne s’attendait pas, celle du dépouillement, celle de tout quitter et de le suivre, lui Jésus, il s’en va triste et déçu…


L’Evangile présente aussi les disciples Jacques et Jean, les fils de Zébédée, dans leur démarche auprès de Jésus. Ils s’inquiètent eux aussi de leur avenir “ éternel ” : obtenir la gloire à la droite et à la gauche de Jésus. Leur requête les dépasse infiniment, ils ne savent pas ce qu’ils demandent (voir 10,38).


Tout autre est la figure de Bartimée. On peut se demander en effet comment cet homme, aveugle et mendiant au bord de la route, en est arrivé à une telle conviction au sujet de Jésus. Il apprend que Jésus, le Nazaréen est de passage. Il a certainement déjà entendu parler de Jésus. Pourtant sa manière de l’appeler surprend pour un homme qui n’a pas suivi Jésus : “ Fils de David, Jésus, aie pitié de moi, sois tendre avec moi ”. Sa manière d’interpeller Jésus répond à la manière dont lui-même est présenté dans l’évangile, fils de Timée, Bartimée. Pourtant il n’appelle pas Jésus, fils de Joseph, mais bien fils de David. Ce nom a une portée messianique indéniable. Bartimée reconnaît d’emblée en Jésus le Messie, le Sauveur. Et c’est à ce titre qu’il lui demande : “ Aie pitié de moi !” Voilà bien le secret de cet homme Bartimée. La perception qu’il a de Jésus est très forte. Et ce ne sont pas les interventions versatiles de la foule qui vont atténuer sa détermination, au contraire ! La foule a commencé par rabrouer Bartimée. Puis, sentant que subitement le vent a tourné, elle l’encourage : “ Confiance, lève-toi, il t’appelle ”.


A l’appel de Jésus, Bartimée a bondi. Le peu qu’il a, son manteau, il parvient encore à l’abandonner, pour se présenter devant Jésus, les mains vides. Ce que l’homme riche avait été incapable d’accomplir, Bartimée le réalise. Il court vers Jésus, guidé par ce sens spirituel qui s’est forgé dans la profondeur de sa nuit. Jésus accueille le cri et la démarche de l’homme : “ Que veux-tu que je fasse pour toi ? ” La question est toujours la même. Il l’avait posée dans les mêmes termes aux deux disciples Jacques et Jean venus quémander auprès de lui. Mais ici, plus que là , la question de Jésus rejoint l’aspiration profonde et consciente de l’homme Bartimée. Sa réponse en dit long sur sa relation avec Jésus : “ Rabbouni, que je voie ! ” Il est le seul, avec Marie-Madeleine, au jour de la Résurrection, à nommer Jésus de cette manière : “ Petit maître, tendre maître ! ” Quelle intimité, quelle cordialité entre l’homme et son Sauveur ! D’où cela lui vient-il ? “ Rabbouni, que je voie ! ” Non pas voir superficiellement, non ! c’est autre chose qui s’est creusé en cet homme, une aspiration plus fondamentale, plus essentielle, plus vitale ! “ Que je voie ! ” Voir le réel, le vrai réel, celui de Dieu. Et pourtant, on a l’impression que l’homme voit déjà, malgré sa cécité, dans sa cécité. Il voit et il veut voir, plus, plus loin. Il veut suivre Jésus.


“ Pars, ta foi t’a sauvé ”. Tel est bien le Jésus de Saint-Marc. Le Sauveur apparaît avec des traits presque anguleux, renvoyant l’homme à sa décision, à sa liberté. Déjà, plus haut, Jésus avait éprouvé la sincérité de la demande de Bartimée. Il était resté sourd au premier appel, semble-t-il, ou bien il avait fait mine de ne pas entendre. Jésus nous pousse toujours le plus loin possible, quitte à n’être pas reçu.


Abasourdis par les propos de Jésus sur l’entrée dans le Royaume, les disciples en étaient venus à demander : “ Mais qui peut être sauvé ? ” (10, 26) Jésus leur avait répondu abruptement : “ Aux hommes, c’est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu! ” Et voici que cet homme, par sa seule foi, accède au salut : “ Pars, ta foi t’a sauvé ! ” La foi, la confiance en Jésus, serait-elle ainsi la trace de Dieu en l’homme ? L’impossible est rendu possible par la présence de Jésus. L’homme voit et il suit Jésus sur la route. Tout ce qu’on avait présumé de cet homme se confirme ici.


L’aveugle mendiant a montré un chemin, celui de la foi, de la demande confiante et de l’amour. Me faut-il moi aussi devenir mendiant et aveugle ? A moins que je ne le sois déjà… Le découvrir et en même temps reconnaître Jésus comme mon Sauveur, n’est-ce pas là ma chance ?

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