Brebis sans berger

Évangile du 16e dimanche ordinaire, Année B (Mc 6, 30-34)



Il n’y a pas de repos pour Jésus. C’est que son regard pénètre le cœur de ces hommes et de ces femmes qui ont couru pour le rejoindre. Il est, nous dit le texte liturgique, « saisi de compassion » en les voyant. Littéralement, il faudrait traduire : « il fut saisi aux entrailles », une expression qui, dans la Bible, évoque la miséricorde de Dieu lorsqu’il voit son peuple dans l’épreuve. Ainsi, chez le prophète Osée, lorsque la pitié de Dieu l’emporte sur sa colère : « Mon cœur se retourne contre moi… mes entrailles frémissent. » (Os 11, 8). Jésus sait bien que ce peuple est sans berger. Il sait que c’est à lui d’accomplir la prophétie de Jérémie (première lecture). Il sera berger pour eux, pleinement, jusqu’au bout. Il sera le « bon berger qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11).

Comment réagiraient nos contemporains si nous leur disions qu’ils sont comme des brebis sans berger ? Sans doute par des ricanements : « Nous avons déjà nos gouvernements, ça nous suffit largement… » Et, plutôt que de les attirer, nous leur ferions tourner les talons. Et pourtant, sans nul doute, Jésus voit la misère et l’angoisse qui se cachent derrière cette prétention à l’autosuffisance qui caractérise l’homme d’aujourd’hui. Si nous nous laissons saisir par sa compassion, il nous montrera les chemins à prendre, ceux qu’il a lui-même ouverts : consoler, guérir les cœurs, nourrir les corps (le passage d’évangile d’aujourd’hui précède immédiatement celui où Jésus nourrit la foule à partir de cinq pains et deux poissons), pardonner, susciter le dialogue, etc.

Le sentiment d’impuissance peut, bien souvent, nous habiter devant ce que nous percevons comme une indifférence ou même une hostilité à l’Évangile. Demandons l’Esprit Saint, qui peut transformer et renouveler notre regard. C’est lui qui répand en nos cœurs l’amour de Dieu et peut nous donner les entrailles compatissantes du bon berger.

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