De la visite à la Visitation

Mis à jour : 2 déc. 2020

« J’étais malade et vous êtes venus me visiter ». Cette parole résonne d’une manière singulière en 2020. On pense à la Pandémie de la COVID 19. Toutefois ne conviendrait-il pas d’être critique ? La critique a mauvaise presse et pourtant elle est nécessaire pour comprendre ce que c’est que visiter.

La critique c’est interpréter et commenter. Entendre cette parole, nous invite à l’interpréter. En disant « Malade », on pense à la maladie physique ou à la vieillesse. Il y a pourtant des maladies moins populaires, moins attrayantes, les maladies psychiques par exemple, le handicap mental, les addictions (drogues, alcool). Ensuite, la maladie est toujours un signe de la vulnérabilité de chacun. Oui, l’Humain est faible et peut se trouver dans une grande fragilité.


« Visiter » : cette demande prend avec le confinement une nouvelle dimension. Jésus dit bien visiter et ne dit pas soigner ou même sauver. Il arrive que dans certaines paroisses ou diocèses, le service de visite aux malades n’est pas mis à la bonne place et n’est pas toujours pris à sa juste valeur. On considère mieux les « soignants » et dans une certaine condescendance, on voit les visiteurs comme de « simples bonnes âmes ». C’est oublier que si l’on veut soigner voire sauver, il faut d’abord visiter : « Dieu a visité son peuple » C’est la première action de Dieu. Ce qu’il a dit à Moise, c’est : « j’ai entendu le cri de mon peuple ». Être visiteur c’est se situer dans ce premier mouvement de Dieu, sans lequel rien n’est possible. La fragilité appelle à l’humanisation. « Il est venu dans la chair », autrement dit, dans la fragilité humaine. Et donc, visiter les malades est l’une des premières missions de l’Église. Nous l’avons trop oublié. Le pape François a appelé à faire de chaque communautés chrétienne une oasis de miséricorde. Sans cette dimension de visitation cette perspective n’est que vaine. Retrouvons cette mission essentielle qu’est la visite, n’ayons pas peur de la fragilité.


Si Dieu a visité son peuple, nous aussi, nous sommes appelés à visiter. Comment pourrions-nous valoriser cette mission première de l’Église ? Trois pistes sont à explorer :

- D’une part se dire que la mission de visiter est première, il n’y a pas de misérabilisme ou de honte à n’être « que » visiteur. Au contraire c’est la mission essentielle, car Dieu l’a faite en premier.

- D’autre part, insister sur ce mystère de Dieu visitant son peuple. Nous pouvons construire un véritable projet pastoral et spirituel : la visitation, être visiteur les uns des autres. Autrement dit, le service de visite aux malades est l’archétype du chrétien.

- Enfin, on se demande quel est l’avenir de l’Église en 2021…et bien c’est là qu’est son avenir : oser la rencontre des fragilités.

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Pour conclure, c’est vers Marie qu’il faut se tourner. Ayant appris qu’elle portait le Messie, elle partit en hâte visiter sa cousine Élisabeth. N’oublions pas qu’ayant visité, Marie porte le Messie et qu’il tressaille en elle. Lorsque nous visitons, nous sommes aussi invités nous aussi à porter le Messie. Il faut sans doute revenir souvent à cet Évangile de la Visitation pour vivre notre mission de visiteur. La Visitation commence lorsque l’ange rend visite à Marie dans sa maison à Nazareth. Pour donner le Christ, il doit avant tout être en nous. Être visiteur, requiert la qualité de l’accueil, comme Marie : dire oui à la Parole. La visite commence par ce oui, intérieur et souvent secret. C’est par l’écoute de la Parole que Marie s’est mise en route. Luc précise sa hâte de se rendre en Judée. Signe que la visite c’est aussi une œuvre de l’Esprit qui nous pousse à sortir de nous-mêmes. En apportant le Christ, Marie pose le geste de tout apôtre. La visite des malades est souvent associée à la communion. Bien que la visite humaine, l’écoute et l’empathie soient nécessaires, la communion nous rappelle comme visiteur que nous ne sommes pas le but d’une visite. C’est un exercice d’humilité que de se voir porteur du Christ.


Un dernier mot, cette humilité ne doit pas nous faire oublier que chacun de nous a besoin de visite, d’être rencontré, appelé, de recevoir un message, une lettre… nous ne pouvons pas vivre sans visitation. Nous avons besoin d’être visités, car nous avons tous cette fragilité. Au fond, la communauté chrétienne, c’est des visiteurs-visités et des vistés-visteurs. Alors n’ayons pas peur de visiter et d’être visité. C’est l’action de Dieu qui se joue dans cette rencontre.

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