Fête du Corps et du Sang du Christ, année C (Lc 9, 11-17)

Fête du Corps et du Sang du Christ, année C (Lc 9, 11-17)


L’eucharistie est constituée de deux tables, celle de la parole et celle du pain et du vin, sans que l’on puisse les dissocier. L’évangile d’aujourd’hui les met heureusement en évidence dans un même récit. Jésus proclame d’abord la parole du Royaume et cette parole guérit ceux qui en ont besoin. Elle a cette efficacité, cette « performativité », de soulager et de faire du bien à notre cœur, quand ce n’est pas notre corps. Et plus généralement, c’est l’action eucharistique dans son ensemble qui a cette vertu de guérir, de restaurer. C’est une bouffée d’oxygène spirituelle qui redonne de l’élan à nos vies. Ici, dans le récit, la parole de Jésus rejoint « ceux qui en ont besoin ». C’est comme si Jésus savait ce qu’il y a à dire, étant donné l’attente, le besoin. Dieu connaît nos demandes et il répond. Sa parole a cette vertu. Elle est parole qui rassemble et qui dispense ses biens à ceux qui sont dans le manque. Elle (re)construit chacun et la communauté. Elle a le pouvoir de panser nos blessures et de les guérir, car elle sonde les cœurs et les reins.


Ce qui est dit de la parole reste valable pour l’eucharistie en son entier, comprise comme un unique sacrement. L’eucharistie est le sacrement de notre guérison, elle est notre viatique tout en étant promesse de vie éternelle.


Dans le récit de l’évangile, les gens ont faim et ils n’ont pas de toit, selon les dires des Apôtres. C’est eux qui interviennent auprès de Jésus pour qu’il renvoie les foules. Leur rôle narratif est de souligner les conditions plutôt défavorables dans lesquelles Jésus va agir. Ils soulignent l’insouciance de cette foule nombreuse. Ils soulignent tout à la fois la précarité de la situation : l’endroit est désert et l’on manque singulièrement de nourriture. Ils montrent aussi leur propre naïveté, puisqu’ils imaginent que dans la contrée avoisinant ce désert, soit, 5000 hommes, sans compter femmes et enfants, vont trouver un toit et un couvert, soit, ils vont pouvoir acheter de quoi manger. Retenons ces conditions : foule nombreuse, endroit désert, moyens dérisoires, voire insignifiants. Nous pouvons nous demander si ce ne sont pas là les conditions tout à fait habituelles de nos existences. Certes, les Apôtres avancent des moyens bien humains pour remédier à la situation et nous aussi, on le fait ! Mais ces remèdes demeurent provisoires.


C’est dans ce contexte que Jésus intervient et va remédier à la situation. Son action annonce nos eucharisties où le pain est partagé. Les gestes de Jésus dans le récit sont ceux du repas pascal qui instituera l’eucharistie : bénir, rompre et donner. Ainsi, ce grand geste annonce déjà le don que fera Jésus de son propre corps, de sa propre vie auxquels il nous donne part. Et ce don est perpétuel, il dure encore aujourd’hui.


Voilà bien le contexte – du monde, un endroit désert et la pauvreté des moyens – dans lequel Jésus intervient pour rassasier la foule. Finalement Jésus donnera son propre corps en nourriture, en nourriture vraie qui vient nous tirer de toute désolation, nous encourager sur le chemin difficile et nous fortifier. Il donne aussi son corps qui devient refuge, habitat pour la communauté humaine. Nourriture et toit, les besoins fondamentaux de notre condition et notre vie humaines.

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