L’Église et le féminin

Anne-Marie Pelletier, Ed. Salvator, Paris 2021, 171 p., 17,80 €



La question du ‘féminin’ dans l’Église doit être examinée à la lumière de l’affirmation qu’homme et femme ont été créés à l’image de Dieu. Or, au fil des siècles, la structure patriarcale des sociétés a véhiculé l’idée que les femmes seraient moins à l’image de Dieu que les hommes. D’où leur écartement systématique des positions de responsabilité et de décision dans l’Église.


Dans son ouvrage L’Église et le féminin, Anne-Marie Pelletier, agrégée de lettres et docteure en sciences des religions, creuse l’idée qu’il nous faut revisiter l’histoire de la relation de l’Église aux femmes pour repenser la place que l’institution leur accorde.


La métaphore conjugale volontiers utilisée par la bible et la théologie pour exprimer le rapport entre Dieu et l’humanité est influencée par un contexte où l’homme est le dominant; ainsi ferait-on un parallèle entre l’homme et Dieu d’une part, la femme et l’humanité d’autre part.


Une autre métaphore est celle du peuple (élu) comparé à une femme infidèle dans les livres prophétiques, suggérant ainsi que la femme incarne le mal et l’idolâtrie, et cela tout en exaltant la figure féminine de Sion.


Pour appréhender aujourd’hui la conception biblique du féminin, il faut la replacer dans son contexte culturel patriarcal qui induit une relation d’autorité de l’homme sur la femme. Un modèle dont il est nécessaire de s’affranchir pour penser aujourd’hui la spécificité féminine sans verser dans l’exaltation du tandem maternité/virginité.


Le concept de genre peut ici être utile pour penser la différence sexuelle autrement qu’à travers le prisme culturel, sans pour autant renoncer à la distinction des sexes.

On constate en effet un couplage systématique, dans le discours ecclésial, entre l’affirmation d’un génie féminin propre et celle de l’inaccessibilité du sacerdoce aux femmes. Il y a en outre une ambivalence dans le thème de la complémentarité homme/femme qui sous-entend une subordination car il est prétexte à rappeler que chacun doit rester à sa place.


Avec la constitution Lumen Gentium, le concile Vatican II a pourtant donné une vision englobante de l’humanité qui fait de la grâce baptismale le dénominateur commun entre tous les membres de l’Église, hommes et femmes, clercs et laïcs. Cette vision qui semble avoir été un peu oubliée dans le fonctionnement pratique de l’Église, malgré quelques récentes avancées dans les dernières années, devrait amener les catholiques à repenser toutes les places dans le corps ecclésial.


Le synode qui vient de s’ouvrir et qui requiert la participation de tous les fidèles catholiques dans le monde pourrait être une occasion d’ouvrir ce chantier.

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