La Miséricorde

L'Evangile du 7e Dimanche Ordinaire, Année C (Lc 6, 27-38).


L’Évangile de ce dimanche, au chapitre 6 de Luc est un commentaire de la Loi par Jésus. En bon juif, il connait la Loi. Connaitre la loi est pour lui non pas seulement une connaissance notionnelle, mais une connaissance affective. Les citations qu’il fait ne sont pas des preuves de son savoir comme un étudiant ferait devant une copie d’examen afin de démontrer l’état de ses connaissances. Non, les citations sont le signe chez Jésus qu’il est nourri, qu’il vit de cette Loi au plus intime de lui-même. Ajoutons ici, la remarque que fait Augustin dans son grand ouvrage sur la Trinité. Lorsque Jésus applique la Loi, c’est en tant qu’homme, lorsqu’il la commente c’est en tant que Dieu. Jésus est Fils, c’est-à-dire qu’il est Dieu fait homme. Or, ici nous voyons un homme juif vivre de la Loi. Il montre la manière la plus humaine de vivre de la Parole de Dieu.


L’Évangéliste ne nous montre pas seulement un bon juif, d’il y’a 2000 ans mais Dieu qui nous parle. Enfin, il montre à ceux qui dans la foi le croient et l’accueillent, ce qu’est l’Amour. Celui qui accueille justement ce commentaire est conduit à l’Amour. En effet, rester à la lecture de dire ‘Jésus est un bon juif c’est un exemple’, c’est rester à une curiosité humaine. Bonne mais insuffisante par rapport aux potentialités de la proposition de Luc. Comment Jésus, en tant que Dieu donc, désire nous conduire plus loin. Car on pourrait dire que respecter la Loi c’est déjà beaucoup. En Luc 6 on voit un surpassement de la lettre, un appel à aller au-delà de ce qui est juste.


Dans le premier Testament est juste celui qui applique la Loi de manière stricte, rigoureuse et même scrupuleuse. Le bon juif est celui qui est juste. Toutefois, les sages d’Israël avaient déjà repérer deux choses. D’une part Dieu fait lever le Soleil sur le juste et sur l’injuste, sur l’ami et sur l’ennemi. D’autre part, progressivement Israël abandonne ce que l’on appelle la théologie de la rétribution : je suis juste donc je vis bien, je suis injuste donc j’ai des malheurs dans ma vie. Job est le démenti et la critique la plus acerbe contre cette fausse théologie. Enfin, l’expérience de l’Exil est pour Israël une révélation. Il se découvre pécheur, donc ennemi et pourtant toujours aimé de Dieu. Le prophète Ézéchiel illustre cette découverte au travers de son chapitre 16 qui montre que Jérusalem est devenu adultère, ennemie et pourtant aimée et restaurée.


Ici, Jésus accomplit et montre les conséquences de ce dépassement : si Dieu va au-delà de sa Loi, alors les auditeurs de cette Loi sont appelés à faire de même. Dit théologiquement, les fidèles sont appelés à conformer leur comportement sur l’action de Dieu. Si Dieu a aimé ses ennemis alors nous aussi, aimons nos ennemis. C’est ici la grande nouveauté, le grand appel. Cela a un nom, la Miséricorde. Être juste, autrement dit, respecter la loi, être honnête, être gentil… ne suffit pas. Ça ne suffit pas pour être comme Dieu, pour être dans la dynamique de son Règne. S’il est Miséricordieux, alors, soyons-le.

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