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Lire l’évangile de Matthieu

Marie-Thérèse Hautier est bibliste et aumônière aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. On comprend qu’elle s’intéresse à la lecture des évangiles avec comme perspective le soin des personnes.


Pour aborder la thématique du soin, on se tournerait plus volontiers vers l’évangile de Luc, avec son souci du plus faible et sa délicate manière d’aborder le soin et la prise en charge. Matthieu ne privilégie-t-il pas plutôt les longues prises de parole de Jésus ? En voici un exemple : il place le grand discours sur la montagne (ch 5-7) avant le récit des premières guérisons (ch 8-9), alors que, chez les autres évangélistes, des guérisons sont racontées dès le démarrage de la vie publique de Jésus.

Cependant, à y regarder de plus près, il existerait bien cinq bonnes raisons de lire l’évangile de Matthieu en milieu hospitalier, mais aussi en équipe, en tout lieu et circonstance où la Parole peut être partagée.

Tout d’abord, il accompagne cette année liturgique, qui a démarré le dimanche 27 novembre 2022.

On parle de l’année A, l’année Matthieu. Cela veut dire que cet évangile sera lu les dimanches de cette année. Une lecture continue ? Pas tout à fait, il serait plus juste de parler d’une lecture semi-continue. En effet, sur les 1064 versets que compte cet évangile, 593, un peu plus de la moitié, sont lus lors des assemblées dominicales. La plus grande partie se lit durant le Temps ordinaire, avec le début du ministère de Jésus en Galilée (Mt 4) jusqu’aux paroles de Jésus sur le jugement dernier (Mt 25, 31-46). D’autres extraits sont lus durant les temps de Noël et de Pâques, ainsi que lors de quelques fêtes (Toussaint, Cendres, Transfiguration…).

Ensuite, un nom significatif : Matthieu.

Une étymologie du nom de Matthieu trouve son origine dans le mot disciple (mathetès). Ainsi le disciple Matthieu prend soin de la parole. La Parole de Dieu devient celle qui façonne l’identité du disciple, pour peu qu’elle fasse son chemin en lui. Matthieu fait aussi partie des douze disciples auquel Jésus délègue le pouvoir de guérir toute maladie et infirmité, prolongeant ainsi l’action même de leur maître (Mt 10,1).

En troisième lieu, un personnage emblématique qui prend soin : Joseph.

Alors que Luc privilégie la personne de Marie, Matthieu se centre sur Joseph pour les débuts de la vie de Jésus (Mt 1-2). A l’écoute de ses intuitions, par l’intermédiaire de songes, il agit sans prononcer un mot. Il préserve la vie de sa famille et du Sauveur des hommes.

En quatrième lieu, un verset central, lié à la vocation même de Matthieu (Mt 9,9-13).

Lorsque Jésus invite Matthieu à le suivre, suscitant l’indignation des Pharisiens, car il se trouve à la table des publicains et des pécheurs, il répond tout de go : « ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Ainsi il se présente comme celui qui soigne les malades. Tout cela sur fond d’opposition aux bien portants. L’annonce du Royaume des cieux consiste en une prise de parole, mais pas uniquement ; elle débouche sur une action concrète du Christ. Il ne se contente pas de parler, mais il agit, en venant chercher non pas les justes, mais les pécheurs. Pour qu’un soin soit possible, il faut en reconnaître la nécessité. Nul ne va chez le médecin s’il est en bonne santé. Pour être appelé à la suivance du Christ, il y a lieu de reconnaître sa fragilité et la nécessité d’un Sauveur : oui, Jésus est capable de libérer l’humain de la puissance du péché et du mal.

Enfin, une parabole qui ne se trouve que chez Matthieu.

Le jugement dernier (Mt 25,31-46), juste avant la Passion, est un point d’orgue dans le récit évangélique. Il est propre à Matthieu. Il est probablement - et à juste titre - l’un des passages les plus connus de cet évangile. Le jugement dernier a fait florès dans les commentaires et l’iconographie chrétienne. Ici, le soin est prodigué à des personnes qui ont faim ou soif, des étrangers, des gens nus, malades, prisonniers. Toute situation de faiblesse, qui nécessite une aide extérieure. Cela touche un domaine bien plus étendu que celui de la maladie. Le Christ, aux portes de la Passion, s’identifie pleinement à ces personnes en situation de précarité.

Telles seraient les cinq bonnes raisons de lire l’évangile de Matthieu. Voilà une invitation à la lecture (continue) et à l’échange autour de la Parole, en tout lieu où elle est reçue. Avec une pensée particulière pour tous les accompagnants, aidants-proches et familles qui vivent au concret le souci et le soin des plus faibles.



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