Mystère de pauvreté

Evangile du 32e dimanche ordinaire B (Mc 12, 38-44).



On aime ces quelques personnages de l’évangile, réels ou fictifs selon qu’ils appartiennent à la trame de l’histoire ou au cadre d’une parabole : dernièrement, Bartimée, l’aveugle mendiant à la foi si éclairée (Mc 10, 46), ou bien, le publicain qui, osant à peine lever le regard dans le temple, se voit justifié (Lc 18, 13), ou encore, cette veuve de l’évangile d’aujourd’hui. On les aime, on les admire, on les envie, car on soupçonne en eux l’authentique qui est selon Dieu et qui vient de lui.


L’évangile de ce jour oppose l’attitude trompeuse des scribes et des riches à celle, humble, de la veuve. Les premiers sont doubles : leur religion est fausse, ils en tirent tout profit pour eux-mêmes. Quant aux riches, ils donnent certes, et de grosses sommes, mais leur don ne les engage pas personnellement : « ils ont pris sur leur superflu, dit Jésus. Elle, elle a pris sur son indigence ». Le contraste est fort. Non seulement, cette femme est démunie, sans ressource, mais le peu qu’elle a, elle parvient encore à l’offrir. Bartimée avait fait de même : il avait abandonné son manteau pour bondir vers Jésus. Le mendiant se trouvait encore trop riche. Il mettait ainsi en application la parole de Jésus : « ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi » (Mc 10, 21).


On voudrait crier au scandale ! Le scandale est bien plutôt du côté des scribes qui extorquent les veuves. Pourtant, cette femme, ne valait-il pas mieux qu’elle garde son bien ? Elle donne jusqu’à son indigence. Elle n’a rien et le peu dont elle dispose, «deux piécettes», elle le donne. Jésus loue le geste de cette femme. Pourquoi ? Qui est ce Dieu qui va jusqu’à requérir un tel dépouillement ? N’est-il pas pire encore que les scribes que Jésus dénonce ? A l’homme riche, Jésus avait promis un trésor dans le ciel : belle affaire, lorsqu’on n’a rien pour vivre…


Quel enseignement tirer pour nous ? Devons-nous à notre tour tout donner ? Est-ce une affaire de quantité d’argent à donner à la quête ? Ou de temps à donner pour tel ou tel service ? Cette femme nous place finalement devant le mystère de la pauvreté, et de la pauvreté de Dieu ! Rappelons-nous la pauvreté d’un François d’Assise, par exemple. Il avait, lui, découvert ce trésor céleste. Autrement dit, cette veuve, ce qu’elle reflète, tel un miroir, c’est l’attitude divine, ni plus, ni moins, dans la mesure où Dieu, parce qu’il est Dieu, donne tout et se donne lui-même. Il se vide. A la veille d’entrer dans sa passion, Jésus a dû être fameusement encouragé par cette femme. A travers elle, il perçoit Dieu, en son être. A travers elle, il se projette lui-même dans le don qu’il lui faut accomplir bientôt.


Finalement, cette femme se présente à Dieu en ce qu’elle est en sa vérité la plus profonde, à savoir comme son image. Elle s’offre en tant qu’image de Dieu qu’elle est en son fond. Elle ne vient pas avec des richesses, des mérites ou je ne sais quoi. Elle s’offre elle-même en son tout qui n’est rien ou si peu. Tel est l’amour. Amour de Dieu, amour de l’autre. Aimer, c’est être démuni, c’est ne pas savoir, c’est se donner. C’est ouverture totale, folle ouverture à l’inconnu, à l’inconnu qu’est l’autre, pleine liberté. Rappelons-nous saint François. Toute autre est la fermeture sur soi qui isole, qui méconnaît l’amour.


Encore une fois, cette femme, pauvre, donne ce qu’elle est, le peu qu’elle est, sa misère, son indigence, « tout ce qu’elle avait pour vivre ». En elle se concilient la créature en son indigence et le Créateur en sa donation.

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