Nous pouvons !

Evangile du 29e dimanche ordinaire B (Mc 10, 35-45).



L’Évangile de ce dimanche, est le plus souvent interprété comme une morale. La morale est connue, le pouvoir serait mal et les désirs de reconnaissance encore plus. Or, cette lecture respecte-t-elle la dynamique du récit ? N’est-elle pas un voile que l’on place sur une réalité plus importante : la figure du Christ et donc nous-même ? En réalité nous avons à faire à un récit christologique et donc à un récit anthropologique.


Contextualisons le récit. Juste avant, aux v.32-34, les disciples sont effrayés sur la route de Jérusalem et Jésus leur annonce sa passion une troisième fois. La ‘démarche’ (pros-poreuomai) des fils de Zébédée souligne combien ce chemin de Jésus peut être difficile à comprendre et à accepter même par les disciples les plus proches. La suite du Christ est une démarche incompréhensible dans un premier temps. Aussi, la conclusion (43-45) invite à prendre le chemin du service qui est passion-résurrection.


Le récit commence par le verbe « vouloir » (thélô). Dès le début, Jacques et Jean disent : « Nous voulons que tu fasses pour nous » (35) et Jésus : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? », A ces deux occurrences fait écho en finale la double affirmation de Jésus : « Celui qui veut devenir» (43.44). La lecture de l’Évangile n’oublie pas que Jésus priera à Gethsémani « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! ». Dans ce Jardin, Jésus fait une demande similaire à celle des disciples, tout en étant différente. Lui reconnait un intérêt plus grand : celui du Père. Sa volonté n’est pas isolée mais s’accorde à celle du Père.


L’exigence demandée est de « donner » (didômi) : « Donne-nous de siéger » (37), à quoi Jésus répond d’abord : « Ce n’est pas à moi à donner » (40) et plus tard, il dit que le Fils de l’homme est venu pour « donner sa vie » (45), à rapprocher d’un composé de ce verbe (para-didômi) employé juste avant notre épisode, quand Jésus annonce que le Fils de l’homme « sera livré » (33). Ce verbe est à comprendre dans le sens de justice. Il est juste de donner à chacun ce qui lui est dû. Rappelons que dans la Bible celui qui donne est le Sauveur. Au début du livre de Ruth par exemple « Dieu donne le pain à son peuple ». Jésus apprend la prière à ses disciples « donne-nous aujourd’hui notre pain ». Enfin la réponse de Jésus « donner sa vie » prend tout le sens dans les paroles du Jeudi Saint : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude ». Ce qui est juste, c’est que Dieu donne sa vie, pour que nous mangions. Nous savons que manger le Pain, c’est communier avec lui, c’est s’unifier à lui.


Aussi, la demande des disciples est loin d’être décalée, mais se révèle dans la profondeur. Ils demandent de « Siéger dans ta gloire » (37). La gloire, Jésus l’a déjà annoncée, à propos de la venue du Fils de l’homme (8,38). C’est là où, les fils de Zébédée n’ont pas compris quelle était la gloire selon Jésus : « Vous ne savez pas », dit-il (38, oida), auquel vient en contrepoint : « Vous savez » (42), mais ce qu’ils ‘savent’, c’est comment les pouvoirs s’exercent sur la terre.


Ici Jésus ne fait pas une leçon sur le pouvoir, mais sur la manière de vivre le Don de Dieu, la manière dont Dieu se donne. Il leur dit « Pouvez-vous boire la coupe que je bois ou être baptisés du baptême dans lequel je suis plongé ? » (38). De même: « La coupe que je bois, vous la boirez ; et le baptême dans lequel je suis plongé, vous en serez baptisés » (39). On comprend alors les paroles du Jeudi Saint, » ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude » ». La réponse des Fils de Zébédée se comprend mieux. Jésus leur ayant posé la question « pouvez-vous », ce « nous pouvons » de Jacques et Jean (39) a une force particulière.


C’est le Oui du croyant, celui qui rejette les idoles païennes, et adhère fermement au Christ mort et ressuscité. Le Baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ.


Autrement dit, ils passent d’un nous voulons, à un nous pouvons. Nous pouvons adhérer à la suite du Christ. Eh bien nous aussi, nous sommes invités à passer de la volonté isolée à « nous pouvons suivre le Christ ».

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