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Un pèlerinage à pied


Un pèlerinage est un voyage, voyage vers un lieu inspirant par exemple, mais aussi voyage intérieur. On ne parle pas ici de tourisme mais bien d’une dé-marche pour un changement, un dé-paysement, un renouvellement personnel. Le fait de quitter les habitudes, le confort peut-être, donne l’occasion d’une remise en question de soi en même temps qu’une reprise en main plus authentique, plus essentielle. Le superficiel est laissé de côté, on s’y essaie du moins, pour laisser place à plus important, plus fondamental.


Le fait de marcher, de pérégriner en marchant ajoute un élément intéressant. La fatigue encourue invite à un lâcher-prise. La fatigue physique entraine une fatigue de l’esprit qui est bienfaisante. Dans la vie de tous les jours, on aime maîtriser les situations, ce qui génère stress et angoisse. Et voici qu’il nous est possible d’abandonner, de déposer. La fatigue, les courbatures, les éventuelles ampoules aux pieds et tous ces petits maux imprévus rappellent notre fragilité et notre faiblesse. Nous ne sommes pas les maîtres et nous pouvons nous en remettre à plus grand. Cet éveil ou ce réveil est favorisé par la marche en pleine nature, surtout dans des sites grandioses, comme en montagne par exemple.


Il est des marches plus humbles, dans une nature plus à notre mesure, mais belle et inspirante. On la découvre généreuse, on y découvre la gratuité d’un don non mesuré. Il y a comme une complicité entre cette nature et le pèlerin qui la traverse. La nature est notre demeure et on y est bien.


On peut pérégriner seul ou avec d’autres. Mais l’important est de garder en vue l’essentiel. Tout en étant seul, on peut laisser l’imaginaire nous envahir de choses et d’autres qui distraient et nous font manquer le but. Et le pèlerinage avec d’autres ne doit pas empêcher le recueillement. L’alternance des moments de solitude et de partage favorise l’attention à l’autre et son écoute profonde. L’échange se centre sur l’essentiel de la vie de chacun où on se découvre à la fois semblable et différent. Nous vivons à peu près les mêmes choses, les soucis de la vie nous sont souvent communs. L’expérience personnelle donne d’éprouver de l’empathie et de procurer du soutien d’amitié. Mais simultanément, on se saisit dans sa singularité qui fait qu’on ne peut prendre la place de l’autre. Il y a toujours une distance.


Le pèlerinage favorise la rencontre de Dieu. Sa reconnaissance plus ou moins explicite va de pair avec celle de notre contingence. De cela surgit notre confiance à la vie. La Parole de Dieu, si elle est du voyage, se révèle plus lumineuse et sans doute plus incisive. Elle remet en question. Nous sommes davantage à découvert, vulnérables. Arrivé à ce stade, un pas est à accomplir. Il n’est pas évident. Car s’en remettre à Dieu, c’est accepter de se perdre. On craint une dépendance alors qu’il s’agit en fait d’une libération, d’une dépossession de soi. Ici la prière nous aide, la nôtre et celle de frères et sœurs attentifs.


Au bout du chemin, s’il a été parcouru honnêtement, une joie indicible se perçoit sur les visages. L’effort consenti trouve sa récompense. La fatigue physique a laissé place à une sorte de légèreté, du fait d’avoir été délesté d’un fardeau qu’on ne soupçonnait peut-être pas au départ. Le cœur s’est dilaté grâce à l’amour reçu et donné. Il faudra rentrer à la maison, reprendre les activités de l’ordinaire, mais on le fera autrement. Le pèlerinage intérieur peut se poursuivre.

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