Une partie d’échec

18e Dimanche Ordinaire, Année B (Jn 6, 22-35)


L’évangile de ce jour fait suite à deux événements grandioses, la multiplication des pains et la marche de Jésus sur les eaux. La foule qui, contrairement aux disciples, n’a eu part seulement qu’au 1er événement, est à la recherche de Jésus. Elle est perplexe : « comment se fait-il que Jésus soit ici alors qu’on ne l’a pas vu partir avec ses disciples la veille ? » Elle ne comprend pas, elle persiste à chercher une explication rationnelle des événements, alors que le signe de la multiplication des pains vient de se dérouler devant elle. De son côté, Jésus parle de signe. Il espère entrainer ses interlocuteurs vers un autre lieu, vers une compréhension toute spirituelle, qui les fera s’ouvrir au don extraordinaire de Dieu.


La foule reste dubitative, elle qui a pourtant manifesté de l’enthousiasme : « c’est lui le grand Prophète, faisons de Jésus notre roi » (v. 14-15). Elle hésite entre une mise en question de Jésus et un désir de se laisser convaincre par lui. Bref, elle veut bien comprendre, mais un peu : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ? » A travers ce questionnement, Jésus accepte de se découvrir petit à petit. Il donne petit à petit le sens du signe qu’il vient d’accomplir.


Il parle d’abord d’une « nourriture qui demeure en vie éternelle », octroyée par le Fils de l'homme, figure énigmatique, certes, mais désignée ici à partir de sa référence au Père, qui est Dieu. Jésus met des gants, dirait-on. Il avance prudemment, comme dans une partie d’échecs où le joueur place les pions à des endroits stratégiques en espérant le gain de la partie. Cette nourriture, il faut « se mettre à l’œuvre pour l’obtenir ». Les Juifs manifestent de la bonne volonté, ils ont saisi quelque chose, semble-t-il, puisqu’ils demandent : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus répond encore de manière énigmatique : « L’œuvre de Dieu, c’est de croire en celui qu’il a envoyé ». On passe du pluriel, les œuvres de Dieu, au singulier, l’œuvre de Dieu. On passe de travailler à des œuvres, à une œuvre, croire. Dans cette dernière formulation, on perçoit combien c’est Dieu qui est d’abord lui-même à l’œuvre : il envoie et il fait en sorte qu’on croit. Mais l’homme doit aussi être à l’œuvre, il lui faut s’ouvrir au don, il lui faut croire. Ainsi, la partie devient de plus en plus serrée.


Dans la suite, les Juifs en reviennent à Jésus : « Et toi, quelle est ton œuvre ? » Ils font référence au don de la manne lors de l’exode. Jésus répond encore et toujours. Il veut introduire dans la plus juste compréhension. La manne est un signe, à nouveau. Ce qu’il faut comprendre, c’est ceci : « Dieu donne le véritable pain ». Tout converge vers ce don qui est en train de s’accomplir, de s’actualiser. Dieu donne un pain qui est véritable car ce pain donne la vie au monde.


Dans leur naïveté momentanée, les Juifs veulent bien maintenant de ce pain : « Seigneur donne-nous toujours de ce pain ! » Plus haut, ils appelaient Jésus Rabbi. Ici, ils le nomment Seigneur. Ils perçoivent qu’à travers toutes ces paroles, ils peuvent s’en remettre à Jésus qui peut leur donner quelque chose de la part de Dieu. Alors Jésus se découvre encore un peu plus. Tout le dialogue précédent culmine maintenant dans les paroles ultimes de Jésus : « Je suis le pain de la vie ». Il est le Fils de l’homme, marqué du sceau de Dieu. Il est l’envoyé. Il donne le pain, qui est vraie nourriture pour la vie éternelle, il est lui-même ce pain auquel on accède par la foi que Dieu lui-même donne encore. Les dés sont jetés cette fois. Qu’adviendra-t-il ?

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