Je tiens bon grâce à ma foi

Mis à jour : 22 déc. 2020

Germaine Nzuanzu est mariée et mère de trois grands enfants. Installée avec sa famille en Belgique depuis plus de 35 ans, elle milite aujourd’hui dans le syndicat chrétien CSC.



Après ta formation, t’es-tu directement engagée dans le syndicat ?

Non, pas de suite. Je travaillais dans un service d’aide et soins à domicile. Je n’étais pas d’accord avec la manière dont étaient traités les travailleurs et je ne manquais pas de le dire. Quelqu’un m’a remarquée et on m’a proposé de m’engager dans le syndicat.

Quelle est ta tâche aujourd’hui dans le syndicat ?

Comme secrétaire permanente, ma tâche consiste à encadrer, à coordonner la politique syndicale au sein des équipes syndicales et surtout à conseiller les représentants des travailleurs dans divers secteurs non-marchand dont j’ai la charge : aide et soins à domicile, petite enfance, promotion de la santé à l’école, médecine du travail, polycliniques, cabinets dentaires, maisons médicales, divers services sociaux et parmi eux, les services auprès des sans-abri, etc. Je m’occupe aussi des représentants des logements sociaux. Il s’agit pour la plupart d’associations subsidiées. Une grosse partie de mon temps consiste à aller dans les entreprises auprès des travailleurs. Je les écoute, ils me font part de leur situation et de leurs revendications. Je rencontre aussi les autres syndicats présents. Il y a alors le travail de négociation avec les responsables des associations, les employeurs et même le gouvernement de la Région. Ce travail est bien souvent ardu, car c’est beaucoup de discussions. Ce que nous défendons, c’est le bien-être des travailleurs , alors que les responsables des associations visent plutôt le rendement financier.

Germaine, tu es chrétienne, pratiquante. Ta foi te sert-elle dans ton travail ?

La foi est très importante. Si je n’avais pas la foi, je ne pourrais pas tenir, car je dois me débattre dans un milieu très conflictuel. D’abord, les intérêts ne sont pas les mêmes, comme je l’ai dit. Il faut se battre contre cette recherche du profit qui anime bien des directions en poussant les travailleurs jusqu’à l’épuisement. Quand les négociations sont difficiles, je prends le temps de prier avant la rencontre. J’entre dans une église et j’allume une bougie à saint Joseph, par exemple. Je demande au Seigneur de me donner la force et d’éclairer mon intelligence pour arriver à convaincre l’employeur qu’il a tout intérêt à ce que ses travailleurs aient des conditions de travail agréables. Ce qui est difficile aussi c’est le manque de solidarité entre collègues et pourtant nous nous battons pour la solidarité et la justice.

Pour ma part, je défends le primat du bien commun.

Lors des négociations, j’ai toujours mon chapelet avec moi dans ma poche. Si la réunion est vraiment difficile, je demande un temps d’arrêt. La prière m’aide alors à me reconcentrer.

La Parole de Dieu a-t-elle de l’importance pour toi dans tout ce travail ?

La Parole qui m’inspire le plus est celle du bon Berger et de la brebis perdue. J’ai toujours trouvé formidable le fait que le Seigneur va chercher celui qui se perd. Elle m’invite à ne jamais désespérer de l’autre, le collègue, la personne avec qui je suis en discussion. Une autre lecture qui m’encourage, c’est le récit de la multiplication des pains. Jésus a pu partager les pains à cause de l’enfant qui a apporté le peu qu’il avait. Et avec ce peu, il y en a eu pour tout le monde. Dans la vie en société, chacun apporte ce qu’il peut et on redistribue pour que tous aient leur part. C’est ce qui est au principe de la sécurité sociale, des allocations familiales, etc. Il y a une redistribution des biens selon les besoins de chacun.

As-tu déjà constaté des petits miracles ?

Je ne sais pas si ce sont des miracles, mais bien souvent, il y a une force de persuasion qui est à l’œuvre. Mes collègues qui me savent croyante, me disent : « Demande à ton Dieu ! ».

Lors de négociations en 2010, une revendication me tenait vraiment à cœur, celle du « bien-être au travail ». J’ai soutenu particulièrement cette demande en plus des autres revendications qui étaient plus quantitatives. Quand les accords ont été signés et qu’un budget a été dédicacé au bien-être, j’étais très heureuse. L’association abbet (https://abbet.be) fut créée. Aujourd’hui, c’est une vraie réussite car cette association a justement pour mission d’informer, de sensibiliser et d’accompagner les associations dans la mise en œuvre du bien-être au travail. Un travailleur qui est bien dans son travail, qui est épanoui, est un travailleur productif.

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