Le vrai berger

L'Evangile du 4e Dimanche de Pâques, Année C (Jn 10, 27-30).


Le chapitre 10 de Saint-Jean présente la figure impressionnante et réconfortante du vrai berger, du bon berger. Elle impressionne parce qu’elle est présentée comme unique. C’est une figure qui attire et qui séduit beaucoup de gens qui voudraient l’exercer à leur tour, mais aucun ne l’exerce en pleine vérité, comme le bon berger. Ce caractère unique se traduit ici par plusieurs traits qui montrent une connivence étonnante entre le berger et ses brebis. L’image peut paraître curieuse, voire simplette. Acceptons-nous en effet d’être comparés à des brebis ? Mais l’allégorie bucolique doit pourtant nous inspirer.


Jésus montre la valeur irremplaçable du vrai berger dans sa capacité à se donner pour ses brebis, au contraire de beaucoup d’autres qui ne se donnent pas entièrement. Le vrai berger perd sa vie, il donne sa vie, il la donne aux brebis pour qu’elles vivent de cette vie-là. Dans la partie qui précède le texte lu aujourd’hui, il est celui par lequel les brebis obtiennent une pleine jouissance et une totale liberté. Mais en même temps, il est celui qui rassemble et qui par conséquent protège. « Le mercenaire, qui n’est pas vraiment un berger » fuit devant l’adversaire, « le loup » qui « s’empare des brebis et les disperse ». La dispersion est signe d’errance et de perte. Par contre la vie se découvre et se trouve à la suite du bon berger dans la communion qu’il réalise.


Revenons à l’image du berger et de ses brebis. C’est vrai. Les brebis reconnaissent leur berger. C’est lui qui entre par la porte (10, 2), et il est seul à pouvoir le faire, car la porte ne s’ouvre que pour lui (v. 3). Traduisons : il n’y a que Jésus qui donne sens à nos vies, qui les illumine vraiment, et au plus profond de nous-mêmes, nous sommes en attente de cette lumière-là, même si nous nous faisons bien souvent ‘attraper’ par de faux bergers aux promesses séduisantes mais chimériques. Si bien que nous sommes reliés au vrai berger par un lien indéfectible, un lien premier et insécable, par lequel il nous connaît et nous le connaissons. C’est dans ce lien qui est l’Esprit Saint lui-même qu’il nous faut donc tenir, au risque de nous perdre.


La connivence entre le berger et les brebis est telle qu’ils ont développé un langage qui leur est propre et particulier, à un point tel qu’ils ne se comprennent qu’entre eux seuls et seulement dans ce langage-là. Ce langage, c’est celui de l’amour, c’est celui de la vie qui ne s’éteint pas, c’est celui de la communion. Il n’est compréhensible que parce qu’à nouveau, le berger se donne à ses brebis. Ce langage provient du berger, dans le don total qu’il fait de lui-même. C’est cela qui est compris et reconnu par les brebis qui appartiennent au berger. Si bien que tout exercice de la fonction de berger ne peut se faire que selon cette référence. Le berger ne sera finalement suivi qu’à travers la confiance qu’il suscite de par la vérité de ce qu’il est et de ce qu’il réalise pour ses brebis.

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